Paradoxale stabilité gouvernementale en Bulgarie pendant la période 1993-1994.
Lydie Doré
Mémoire publié en 2000 - 38 pages


Résumé

Le régime parlementaire peut-il se passer de la responsabilité politique sans perdre son ressort? La stabilité gouvernementale bulgare, en 1993-1994, s'impose comme un paradoxe.
Le régime, parlementaire, se passe provisoirement de la responsabilité politique. Force est de constater que face aux particularismes, les schémas théoriques s'écroulent.
Les peuples sont emprunts de pragmatisme.

A cet égard, découvrons l'identité bulgare; tournons nos regards vers ce pays si attachant.
Au VIème siècle, la Bulgarie est le premier Etat-nation d'Europe orientale, en 1018, le pays est annexé par les Byzantins et ce n'est qu'après la guerre russo-turque, et définitivement en 1908, que la Bulgarie retrouve son indépendance.

Après les guerres balkaniques (1912-1913), le pays entre dans une période sombre; seule éclaircie notable : la démocratie agrarienne qui dure de 1919 à 1923. Le roi Boris établit une dictature en 1934, et en 1941, sous la pression de Berlin, il adhère au pacte tripartite, mais sans déclarer la guerre à l'U.R.S.S.. Le PC déjà fortement implanté en Bulgarie, organise la résistance, et prend, par une insurrection, le pouvoir en 1944. Les élections de 1946 légitiment cette prise de pouvoir et ruinent tout espoir de renouveau démocratique.
La Bulgarie était entrée dans l'ère communiste.

Todor Jivkov est élu en 1954 premier secrétaire du parti et devient le véritable chef du pays jusqu'à l'année fatidique de 1989. La Bulgarie a une dette de reconnaissance envers la Russie qui est perçue comme la puissance libératrice du joug Ottoman, long de cinq siècles. Dès lors, outre la proximité géographique, il existe une grande proximité politique entre la Bulgarie et l'U.R.S.S. de sorte qu'il était devenu coutumier de raconter que lorsqu'il pleut à Moscou, on ouvre son parapluie à Sofia.
Néanmoins, en 1989, le "régime Jivkov" ne suit pas la politique d'ouverture lancée par Gorbatchev.

Mladenov issu d'un courant réformateur du Parti Communiste fait destituer le dictateur, le remplace et nomme Loukanov Premier Ministre. La transition démocratique s'opère en douceur.
La reconnaissance du pluralisme politique permet à l'opposition de se réunir au sein de l'union des forces démocratiques.
Une table ronde est organisée, réunissant les communistes réformateurs et l'opposition, à la suite de quoi est annoncée la tenue d'élections libres en juin 1990. Lors de ces élections, le PSB (ex-parti communiste) remporte, au grand étonnement de tous, la majorité absolue des sièges. Sous des pressions médiatiques, Mladenov puis Loukanov démissionnent. Ils sont remplacés respectivement par Jelev, élu Président de la République par le Parlement le 03 août 1990, et par Dimitar Popov.

La nouvelle constitution est votée le 12 juillet 1991 par la Grande Assemblée, celle-ci est ensuite dissoute. De nouvelles élections sont organisées en octobre 1991, cette fois, l'opposition remporte la majorité des sièges ; le leader de l'UFD, Dimitrov, forme donc le premier gouvernement non communiste grâce au soutien d'un petit parti : le MDL. Ce parti, pivot de l'assemblée retire son soutien au gouvernement démocrate en octobre 1992 forçant celui-ci à démissionner. S'ouvre alors une crise ministérielle qui ne sera résolue que par la formation d'un "gouvernement d'experts", présidé par le professeur Berov.
La situation s'annonce très difficile pour ce gouvernement dont la légitimité est fortement contestée par une grande partie de l'UFD. Le nouveau premier ministre qualifié de "kamikaze" expliquait alors :
- " Si quelqu'un doit être sacrifié et s'il n'y a aucun autre volontaire, c'est moi qui me chargerai du rôle de fusible. Je pourrai sauter dès le deuxième jour mais également durer deux, trois ou quatre mois".
Or, ce gouvernement a eu la plus grande longévité politique depuis ces six dernières années...
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