Les petites marques du discours : le cas du marqueur méta-discursif 'bon' en français
Capucine Brémond
Thèse publié en 2003 - 465 pages


Résumé

Comment définir linguistiquement ce qui se cache derrière ce qu'on nomme parfois les "petits mots" ? Correspondent-ils à une catégorie homogène ?

A partir du constat que la caractérisation la plus englobante des "petites marques" est de peu communiquer au niveau du contenu, d'être largement polyfonctionnelles, minimalement articulées (brèves), de découper la production sans correspondre terme à terme à ses articulations syntaxiques, nous interrogeons le positionnement sémiotique et sémantique de ces unités, en vue d'approcher à des éléments de définition. A l'aide d'une approche contextuelle interactive nous parvenons à éclairer et délimiter le phénomène. Plus largement, l'idée s'impose rapidement dans l'étude menée que la pertinence des "petites marques" dans la production ne peut être reconnue qu'à partir d'un cadre d'étude qui envisagerait le discours comme un objet composé s'organisant progressivement dans l'échange et non comme un objet formel linéaire.

Les outils d'analyse que nous présentons (travaillés à partir du modèle de R.Vion et L.Pop) s'attachent alors à dégager la multiplicité des niveaux d'activités constitutifs du discours en situation d'interaction (niveaux d'activités locutoires, formels, discursifs, interlocutifs, (inter)-énonciatifs, interpersonnels).

A partir de 25 extraits de corpus issus de situations d'échange diversifiées, nous proposons une analyse contextuelle de la petite marque bon, petite marque choisie en fonction des hypothèses évoquées, de son rôle dans l'organisation de "l'Activité Discursive" (au sens de A. Berrendonner), de son statut tout particulièrement "marqué" de petite marque.

Les emplois du marqueur bon dessinés font apparaître une unité qui gravite autour de deux fonctions de base :

- bon a une fonction méta. Plus spécifiquement, l'emploi de bon opère un recul global sur la production et sur l'organisation du discours dans l'échange.

- bon a aussi un rôle pro-actif de "moteur d'action". L'emploi de bon stimule et facilite la transition vers l'action.

Il apparaît à l'issue de ce travail que bon occupe un rôle de charnière dans l'organisation du discours. Ce rôle de marque charnière qui vient s'immiscer entre des activités hétérogènes et composées justifie probablement en partie la difficulté à insérer cette petite marque dans des catégories fonctionnelles. Il nous semble possible de dire alors que la polyfonctionnalité et le caractère minimal des "petites marques" pourrait se révéler parfaitement adéquat aux exigences de l'organisation du discours dans l'espace interactif. Toutes nos hypothèses tendaient à aller dans ce sens. La définition d'un champ "petites marques du discours" nous a amenée à transgresser des oppositions telles que verbalité / vocalité. Ces oppositions n'en étaient pas moins utiles ; elles nous ont permis d'observer un statut irruptif variable (les petites marques évoluant entre marques de régulation et véritable tour de parole) que nous avons effectivement associé à des propriétés interactives. D'un point de vue sémantique, la tentative de définition d'un fonctionnement indexical discursif ou relationnel nous a fait déboucher sur l'espace de négociation du sens dans la co-construction du discours. Il nous a fallu considérer que le discours s'acheminait par ajustements, était construit par des sujets investis dans un cadre qui leur est donné et qu'ils font évoluer.
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Capucine Brémond

3IL - Institut d'Ingénierie Informatique de Limoges
Laboratoire Parole et Langage UMR6057