Les parodies théâtrales de 'Ruy Blas' de Victor Hugo.
Ixia Venel
Mémoire publié en 2002 - 419 pages


Résumé

Qui n'a jamais vu le film de Gérard Oury, La folie des grandeurs, adaptation parodique et burlesque de Ruy Blas de Victor Hugo ? Le cinéma possède cette chance d'intemporalité via la télévision et permet ainsi à nos mémoires collectives de nous rappeler régulièrement ce très grand succès public ? et commercial. Mais joue-t-on sur nos théâtres une seule des centaines de parodies que les pièces de Hugo engendrèrent lors de leur création ?
L'intérêt de ce mémoire est avant tout de réunir en un seul ouvrage l'ensemble des parodies théâtrales de Ruy Blas conservées à la Bibliothèque Nationale de France (sites Arsenal et François-Mitterrand), au Centre d'Accueil et de Recherche des Archives Nationales, et à Lyon, afin d'avoir enfin une vue d'ensemble et de pouvoir évaluer les divers éléments reprochés à Victor Hugo, l'évolution des attaques, et bien sûr du genre de la parodie à travers un exemple précis. J'ai voulu travailler sur l'après-texte, étudier comment l'oeuvre d'un écrivain ne se termine pas au moment de sa publication, mais continue au contraire de survivre à travers ses représentations, en ce qui concerne une pièce de théâtre, et bien sûr ses critiques. Lorsque la critique se fait écriture parodique, jugements et opinions ne visent plus l'auteur ou l'oeuvre de façon générale mais au contraire pointilleuse ; on s'attaque à des points précis en suivant une trame préexistante, sans avoir finalement à engager son nom, son opinion propre : les auteurs signent les parodies mais ce sont leurs personnages qui parlent et, comble de tout, ce sont les personnages de l'auteur parodié qui parlent !
La liste des parodies de Ruy Blas établie dans l'ouvrage collectif La Gloire de Victor Hugo était extrêmement riche et elle représentait donc une véritable base de travail que j'ai pu, grâce à mes recherches, compléter, pour découvrir Le « Ruy-Blas » de la rue Bolivar, le monomime Ruy Blas, Madame a vu Ruy Blas et Ruy Blas centenaire, mentionnés dans ces ouvrages présents à la BNF : The Parisian Stage de Charles Beaumont Wicks, l'Almanach contenant l'histoire de tous les théâtres de Paris (1874) de Henri Tessier et L. Marcel, Victor Hugo's Drama, an annoted bibliography 1900 ? 1980 de Ruth Lestha Doyle et le Catalogue général des oeuvres dramatiques et lyriques de la Société des Auteurs 1899 ? 1909.
L'ouvrage de Seymour Travers qui a servi au collectif de La Gloire de Victor Hugo, indique que les pièces de Guignol de Maucherat et Chanay n'ont pas été publiées. Or, après des recherches infructueuses au Musée national des arts populaires et des bibliothèques spécialisées, c'est auprès de Jérôme Triaud du Musée Gadagne et de Gérard Truchet de la Société des Amis de Guignol et de Lyon, que j'ai finalement trouvé ces textes.
La liste que j'ai donc pu établir grâce à des mois de recherches sera-t-elle exhaustive ?
Trois pièces introuvables n'ont pu faire l'objet dans ce mémoire d?une étude particulière, le texte de référence n'ayant pu être localisé et un quelconque caractère parodique ne pouvant alors être établi. Cette remarque concerne la pantomime de John Laurent, Rothomago ( Spectacle-Concert, Salle Bonne-Nouvelle, 27 novembre 1847) et celle de Dreyfus, Le vray Ruy Blas (1879 ?) , ainsi que Rothomago, pièce de Jouhaud jouée au Théâtre Cocherie en mai 1882. Si Le Vray Ruy Blas est certifié par Seymour Travers comme une parodie, on ne peut établir la même certitude pour les deux autres pièces. En effet, Rothomago est aussi le titre d?une féerie en cinq actes de Dennery, Clairville et Monnier représentée au Cirque National (Théâtre Impérial du Cirque) le 1er mars 1862 ; or, cette féerie n?est en aucun cas une parodie du drame de Hugo : il s'agit en fait des amours de la Princesse Miranda avec Blaisinet et de Rothomago avec Bruyère. Rothomago, tout comme dans notre parodie des frères Cogniard, est un sorcier, mais c'est un célèbre enchanteur qui, sur scène, est accompagné de la Fée Rageuse et du Père Lustucru, ?. Rien à voir, donc, avec Ruy Blas. En ce qui concerne la pantomime de Laurent de 1847, il est possible qu'elle s'inspire des parodies datant de la création. La possibilité est cependant invérifiable.
Le drame en cinq actes de Dumanoir et Dennery intitulé Don César de Bazan n'est pas une parodie, mais bien une pièce originale qui emprunte le personnage de don César à Hugo pour lui offrir un nouveau cadre dans lequel il peut évoluer en tant que personnage principal. Un opéra-comique a été tiré de cette pièce et fut représenté à l'Opéra-Comique le 30 novembre 1872 . En Italie, Catelli aurait écrit, au XIXe siècle, une pièce de théâtre parodique d'après l'opéra de Marchetti. D'ailleurs, une véritable étude pourrait être menée sur les adaptations de Ruy Blas à l'opéra et leur éventuel caractère parodique ? selon les critères de Hugo lui-même ? En effet, quand on sait que même une représentation officielle et reconnue de Ruy Blas peut tourner à la parodie, on est en droit de se poser la question ; voici l'exemple d'une représentation américaine que relate l'article du Petit Marseillais du 21 mars 1926 intitulé « La Parodie » de Paul Ginisty :
« [?] Un autre chapitre de l?histoire du romantisme serait celui des
déformations voulues dans des imitations étrangères, attentat beaucoup plus
grave.[?] Le tragédien anglais Edward Booth promena particulièrement dans
ses tournées une étrange adaptation de Ruy Blas. Il en avait arrangé le
dénouement selon ses commodités. Par quel caprice d'acteur (il en est qui ont
des raisons que la raison ne connaît pas) avait-il supprimé la scène finale de
l'empoisonnement ? Après avoir tué don Salluste, Ruy-Blas adressait un adieu à
la reine et se jetait par la fenêtre. Le comédien n?interprétait plus, mais trahissait
le poète. »

Dans son ouvrage Pleins feux sur Victor Hugo, Arnaud Laster évoque les premières publications aux Etats-Unis du drame de Hugo et, comme nous le verrons par la suite, il y a comme un parfum de parodie qui flotte :
« Une version américaine due à l'acteur Edwin Booth fut publiée en 1878 : le
rôle de César est très amputé et celui de Gudiel mis en valeur. La pièce originale
sera éditée en 1884, et à l?usage des élèves en 1886. »

Si une représentation théâtrale peut accidentellement tourner au ridicule à cause, par exemple, du mauvais jeu des acteurs ou d?une erreur de mise en scène, il n'est pas difficile d'imaginer à quel point les parodistes peuvent intentionnellement détourner un prétexte dramatique. Une première présentation chronologique des composants du corpus nous permettra de réfléchir sur ce qui a motivé leur création et dans quel contexte historico-littéraire ils s'inscrivent, tout en s'attachant à découvrir quels étaient leurs auteurs, leurs comédiens et à quoi se résument leurs intrigues. L'étude comparative des pièces permettra ensuite de dégager points communs et différences quant aux attaques de fond et de forme, prioritairement dans une optique parodique, sans pour autant négliger le fait qu'il s'agit aussi de pièces à part entières et donc porteuses d'un comique qui leur est propre. Une analyse détaillée des articles de presse de 1838 à 1938 mettra en évidence les éléments que les critiques dramatiques auront retenu de ces parodies, et peut-être arriverons-nous à déduire finalement l?essentiel que nous pourrons retenir de textes qui, au premier abord, apparaissent d'une utilité douteuse.
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