Les fêtes de cour sous Edouard VI et Marie Tudor 1547-1558
Laetitia Caminade
Mémoire publié en 2004 - 116 pages


Résumé

" Passe-temps " et " plaisir ", c'est ainsi que les contemporains des rois Tudors aimaient à décrire les divertissements proposés à la cour. Sous ces termes généraux se cachaient en fait différentes sortes d'amusements : ceux d'extérieur, d'intérieur, ordinaires ou extraordinaires, simples ou pompeux. Le roi pouvait se contenter d'être spectateur, ou bien il choisissait d'être acteur ; le plus souvent, il en était l'instigateur. En effet, le but n'était pas uniquement de divertir nobles et courtisans qui fourmillaient à la cour, mais également de faire passer un message à travers ces divertissements, message qu'il fallait propager aussi bien à l'intérieur du royaume qu'à l'extérieur, dans le reste de l'Europe : celui de la grandeur de la nouvelle monarchie.

En 1485, Henri VII, à l'issue de la bataille de Bosworth, monta sur le trône, et fonda une nouvelle dynastie, celle des Tudors. Dès lors, il fallut consolider le pouvoir qu'il venait d'acquérir, non seulement en brisant la puissance de la noblesse, déjà fragilisée à la suite de la Guerre des Deux Roses, mais aussi en imposant l'image d'une monarchie moderne et solide. Avec les fêtes de cour le souverain disposait d'un excellent outil, ce qu'Henri VIII sut parfaitement comprendre. Mêlant propagande, puissance et magnificence princière, les spectacles proposés évoluaient en fonction de la politique royale ; à la mort du souverain, en 1547, le pouvoir de la dynastie était solidement ancré jusque dans les endroits les plus reculés du royaume et l'Angleterre reconnue à l'étranger comme une puissance maîtresse. Mais si la politique étrangère du roi a connu un grand succès, son ardent désir de donner un héritier mâle au royaume fut la cause de ses déboires matrimoniaux, et, surtout, l'une des origines de la rupture avec Rome. Il se montra froid et distant avec ses deux filles, les princesses Marie et Elizabeth, et il n'hésita pas à les déclarer bâtardes lorsque, en 1537, naquit enfin le garçon tant attendu, celui qui devait régner sous le nom de Edouard VI.

Edouard, puis Marie, sa soeur aînée, dirigèrent le royaume entre 1547 et 1558. Cette époque plutôt mal connue est souvent considérée comme une période terne et sans grand intérêt car elle se trouve située entre le règne du flamboyant Henri VIII et l'éblouissante ère élisabéthaine. Crises économiques, politiques et religieuses, telles sont les trois principales caractéristiques de ces deux règnes. Les souverains eux-mêmes n'ont pas fait l'objet d'études très approfondies : moins d'une dizaine de biographies pour chacun. L'Histoire a retenu d'Edouard l'image d'un enfant-roi, maladif et fragile, manipulé par ses oncles ; tandis que Marie " la sanglante ", fille d'une princesse espagnole catholique, persécutrice des protestants, sombrant peu à peu dans la folie, s'était rendue coupable d'avoir épousé un prince étranger, catholique de surcroît, de s'être engagée à ses côtés dans la guerre contre la France, et d'avoir perdu Calais, dernier bastion de l'empire des Plantagenêts sur le Continent. Ces deux règnes paraissent donc à première vue bien sombres, et une conclusion facile tendrait à imaginer une cour morose, austère, peu encline au divertissement. Pourtant, dans cette période de transition, entre un roi protestant, qui introduisit la nouvelle liturgie de l'Eglise Anglicane, le Book of Common Prayer, et une reine catholique, qui se hâta d'abroger toute la législation religieuse mise en place par son frère, pas un seul Noël ne fut oublié, pas une seule année qui ne connut masques, pièces de théâtre ou tournois.

L'étude des fêtes de cour sous Edouard VI et Marie Tudor n'est pas seulement celle des divertissements proposés. En effet, s'il fallait les comparer à ceux des règnes d'Henri VIII et d'Elizabeth, il est évident que leur nombre paraîtrait dérisoire, étant donné la brièveté de leurs règnes. Au-delà de l'aspect purement ludique, la recherche doit porter sur le symbolisme de ces fêtes et sur le contenu du message adressé par le souverain à son peuple. L'image traditionnelle des deux enfants d'Henri VIII sera ici abandonnée, seule comptera celle qui est donnée d'eux à travers leurs fêtes. Comment leurs conceptions de la religion transparaissent-elles ? Leur position fragile à la tête du royaume est-elle renforcée par leur politique de festivités ? Il serait trop simple de considérer que les décisions ne dépendaient que d'eux : Edouard n'était qu'un enfant de neuf ans lorsqu'il monta sur le trône, et la cérémonie de son couronnement ne fut certainement pas élaborée par ses propres soins. Marie, pour sa part, ne connaissait pas les réalités politiques, ne savait pas comment gouverner un pays. Qui était habilité à décider d'une fête ? Comment l'idée devenait-elle réalité ?

Les principaux documents concernant le règne d'Edouard ont été réunis dans Literary Remains of King Edward VI, ouvrage en deux volumes édité par Gough Nichols, reprenant les sources contemporaines, en particulier le journal personnel du roi, qu'il commença en mars 1550 et arrêta en novembre 1552, sept mois avant sa mort : par ordre d'importance, il y rapportait d'abord les affaires étrangères, militaires, et religieuses ; ensuite venaient les propos économiques, les événements sociaux et les cérémonies à la cour, puis en dernier lieu les jeux et les costumes. Ce journal est donc le principal témoin des pensées du roi. Marie pour sa part ne laissa pas d'écrits personnels. Les chroniques, journaux et lettres de l'époque sont tout aussi intéressants, puisqu'ils décrivent la perception qu'avait le peuple des festivités données par la cour ; les récits des ambassadeurs sont également source d'informations primordiales relatives aux descriptifs du cérémonial de la cour et des fêtes. En ce qui concerne les livres de comptes et les paiements consacrés aux divertissements variés, la plupart se trouvent aux archives nationales britanniques (PRO : Public Record Office), dans les livres du Grand Chambellan (LC 2, 3 et 5), parfois dans ceux du Lord Intendant (LS 11 et 13), ainsi que dans les relevés du Privy Purse (E 351) et de l'Echiquier (E 101). Cependant, la plupart des documents concernant les Revels, divertissements spéciaux ordonnés par le souverain, ont été vendus aux Etats-Unis, et se trouvent désormais à la Folger Shakespeare Library de Washington. Pour cette raison, la source principale est le recueil de documents édité par Albert Feuillerat, Documents relating to the office of the Revels in the reigns of Edward VI and Mary I, regroupant comptes, lettres et inventaires. Enfin, l'ouvrage de référence, Court Revels 1485-1559, de W.R. Streitberger, possède l'immense avantage d'avoir été rédigé par un Canadien, ayant facilement accès aux documents de la Folger Library. L'étude des palais et châteaux royaux a été effectuée par Simon Thurley, directeur du Musée de Londres ; bien que son livre traite de la période 1485-1547, il donne un large aperçu des différentes résidences royales ainsi que de leurs facilités d'accueil et de réception pour les fêtes. De même, les dessins de Van Wyngaerde, datant de 1558, permettent de découvrir l'aspect extérieur des palais de Greenwich, Hampton Court, Whitehall et Richmond. A cette liste de documents et de sources doivent s'ajouter les livres d'arts, d'une importance primordiale pour la période, de Roy Strong et d'Erna Auerbach, qui proposent d'étudier la monarchie des Tudors à travers les peintures, portraits et miniatures de l'époque : même si ceux-ci ne furent pas effectués lors de fêtes, ils ont l'avantage de représenter les différents costumes et bijoux alors portés par les souverains et nobles du royaumes. Enfin, les nouvelles technologies de la fin du vingtième siècle facilitent les travaux de recherches, puisque de nombreux sites Internet, consacrés aux Tudors, donnent accès à quantité d'ouvrages électroniques, articles et portraits.

Par conséquent l'étude des fêtes de cour ne doit pas se contenter de décrire les multiples divertissements proposés, mais doit aussi examiner tout ce qui s'y rapporte : cadres, costumes, arts et dépenses. Dans ce but, trois différents aspects peuvent être dégagés. Tout d'abord, il s'agit de cerner les contours de la fête : l'héritage reçu de la cour d'Henri VIII et de plusieurs grandes cours européennes, les caractéristiques générales des fêtes royales sous Edouard VI et Marie. Puis, une fois les principaux éléments mis en place, le divertissement peut avoir lieu : cadre, participants, et déroulement des journées festives sont les différentes facettes de ce second aspect, purement ludique. Enfin, une fois le rideau tombé, l'heure est aux comptes, aux retombées et aux apports du spectacle : les deux règnes ont-ils contribué à l'évolution des fêtes de cour ?
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