Etude de la surdité comme alternative dans notre relation à l'art
Florence Magnin
Mémoire publié en 2002 - 92 pages


Résumé

Le lien qui unit la surdité et l'Art n'est sans doute pas évident. Lorsque vous interrogez vos proches, qui ne sont pas particulièrement des amateurs d'Art, ils vous répondront avec beaucoup d'hésitation à la question : quels sont les sourds célèbres, immortalisés par leurs carrières artistiques ? Vous aurez sans doute droit à un silence, ou dans le meilleur des cas à Beethoven, Emmanuelle Laborit ou Francisco Goya. Vous remarquerez alors que les seuls noms cités sont ceux d'artistes devenus sourds ou, lorsqu'il s'agit d'artistes sourds de naissance ceux-ci se distinguent dans des disciplines comme le Théâtre ou la Musique, mais vous ne verrez jamais aucun nom d'artiste sourd de naissance se rapportant aux Arts Plastiques. Pourquoi cette absence ? N'y a-t-il réellement pas d'artistes sourds ? Les personnes sourdes ne s'intéressent-elles pas à l'Art ? Pourquoi devrait-il y avoir une telle dichotomie culturelle ? Pour quelles raisons les artistes sourds seraient-ils seulement intéressants lorsqu'ils bravent leur handicap en devenant musiciens et, réciproquement, les aveugles en devenant peintre, sculpteur ou photographe ? Ainsi, cette étude tentera de retourner un tel problème en considérant les apports esthétiques de la création et de la réception d'?uvres d'Arts Plastiques, (utilisant donc principalement le sens de la vue), de personnes qui ont, paradoxalement, un problème d'ouïe.

Cependant, il n'est pas évident de mener une analyse qui s'appuie sur le handicap corporel d'un individu. Ainsi, lorsque j'ai commencé mes recherches, je me suis trouvée confrontée au problème délicat d'une telle étude, c'est-à-dire à la possibilité d'une mauvaise interprétation de ce sujet. Je tiens alors à préciser que mon objectif ne se situe absolument pas dans l'affirmation d'une quelconque différence entre les personnes sourdes et entendantes. Il ne s'agit pas, non plus, d'une étude sociologique, ni de créer une généralité ou un stéréotype qui prouverait l'infériorité, ou même la supériorité des sourds dans le domaine de l'Art.

Ainsi, le terme d'" alternative " signifie que cette étude tentera plutôt de montrer les nouveaux enjeux esthétiques que peut apporter cette particularité physique. Partie d'une simple intuition, (qui fut ensuite renforcée par l'expérience pratique d'un stage réalisé à l'I.N.J.S. de Bordeaux ), cette étude cherchera à mieux connaître et comprendre l'influence générale de la perte d'un sens sur l'Etre. Ce handicap conserve-t-il cette notion négative de frein en toute circonstance ou bien évolue-t-il lorsqu'il s'agit du domaine de l'Art ? L'Art étant une activité humaine qui interroge et met en jeu nos sens, que se passe-t-il lorsqu'il y a perte d'un sens ?
Nous verrons qu'il n'est plus véritablement question de handicap ou d'avantage mais plutôt de singularité ou peut-être de marginalité (N'utilisons nous pas, d'ailleurs, ce terme de " marginal " pour qualifier aussi bien la personne sourde que l'artiste ?).

Avant toute chose, il faudra donc s'attacher à définir plus précisément les deux notions étudiées : l'Art et la surdité. Cependant, si l'on conçoit aisément une définition stricte de la surdité, il n'en est pas de même pour l'Art. En effet, " il faut accepter le fait (?) que certaines questions ne se posent plus " aujourd'hui. Par conséquent, il serait mal venu d'essayer de définir l'Art strictement dans notre étude. Il s'agirait d'une entreprise trop longue, fastidieuse et inexacte dans le cadre d'une étude qui n'a pas l'Art comme unique sujet de recherche. C'est pourquoi nous envisagerons le terme " art " dans son sens le plus large. (Nous resterons tout de même exclusivement dans le domaine des arts plastiques.)

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