Des vers binaires : La poésie par ordinateur à travers l'exemple de six sites Internet de création poétique.
Gaël Bouron
Mémoire publié en 2000 - 124 pages


Résumé

L'analyse porte ici sur la poésie par ordinateur diffusée sur le réseau Internet, autrement dit sur des ouvres poétiques qui ne peuvent exister
que par l'intermédiaire d'un traitement informatique et d'une concrétisation
sur un écran, et qui ont pour terrain de diffusion le réseau Internet. A
partir d'un échantillon de sites Internet, il s'agit donc de questionner la
poésie par ordinateur en la posant comme forme poétique.

Cela implique de la singulariser dans les contraintes et les processus qu'elle met en oeuvre. A quelles conditions la poésie créée par ordinateur peut-elle constituer une forme poétique singulière ? Les sites Internet de cette étude nous donnent les orientations majeures.

Sans chercher une opposition entre poésie par ordinateur et poésie papier, des points de rupture seront à caractériser. On peut postuler que la poésie par ordinateur possède des spécificités qui mettent en oeuvre une transformation de la poésie.

En quoi cette poésie est-elle spécifique ? Où se situent les transformations et quelles en sont la valeur ? Ce sont ces questions que nous nous proposons de discuter.


A travers les exemples de mouvements poétiques du XXe siècle, il nous
semble que « l'ouverture » de la poésie semble être un point de convergence
majeur. Depuis Mallarmé, pour prendre un repère historique souvent évoqué, on assiste à une « libération » d'une poésie où le texte ne devient qu'un élément signifiant parmi d'autres. Des signes plastiques, iconiques ou sonores sont intégrés au poème. L'aléatoire, la générativité sont également des concepts présents avec force dans la poésie. La poésie devient « ouverte » et « totale ».

Le titre de ce travail est ici justifié. Les ouvres que nous étudions sont des créations poétiques par ordinateur et non pour ou avec l'ordinateur. L'informatique n'est qu'un moyen, un outil et ne peut constituer une fin en soi. Elle permet de façon pratique de créer des ouvres où des problématiques déjà anciennes sont soutenues avec force.


Cependant, ces créations, par une déstructuration du langage, manifestent
un écart avec l'écriture classique. Sans la considérer comme une révolution, une avant-garde ou une nouveauté, termes bien trop délicats à manier, ces poésies opèrent tout de même des transformations.
La première transformation importante est celle du statut de l'auteur. L'auteur, c'est surtout vrai dans le cas de la poésie générée par ordinateur, devient méta-auteur, il est simplement celui qui construit le dispositif, il construit des possibles.

La présence de plus en plus accrue du réseau Internet pour la diffusion de la poésie par ordinateur apporte également des transformations. En effet, alors que la diffusion de cette poésie était principalement assurée par des revues spécialisées et quasi confidentielles (principalement la revue alire), Internet est devenu le médium privilégié de la poésie par ordinateur..
Enfin, la poésie par ordinateur, dans son projet, peut aboutir à un effacement des frontières entre auteur, lecteur et texte. La notion d'« écrilecture » a été explicitée. Ce terme marque la possibilité pour le lecteur d'intervenir dans la création de l'oeuvre.


Il est cependant nécessaire d'évacuer définitivement une lecture révolutionnaire de ces créations. La poésie par ordinateur est ancrée dans une histoire de la poésie et relance des problématiques anciennes.
L'ordinateur peut seulement ici être un moyen de création qui ne se pose pas contre d'autres outils comme le stylo mais contre une norme d'écriture. La poésie par ordinateur opère des transformations mais surtout porte en elle des rêves de transformation.

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Gaël Bouron

Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
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