3 exemples du cinéma américain d'aujourd'hui : Darren Aronofsky, Sofia Coppola, Steven Soderbergh - Le Montage de l'Indicible.
Rémi Pietka
Mémoire publié en 2002 - 120 pages


Résumé

Ce mémoire a deux objectifs principaux. D'une part, défendre le cinéma d'auteur américain, cinéma qui m'a toujours très fortement inspiré, et qui est trop souvent assimilé à la machine industrielle qu'est "l'entertainement" cinématographique des États-Unis. Et d'autre part, rendre crédit au montage dans le cinéma américain, prouver que certains réalisateurs, travaillant en marge ou à l'intérieur du système, savent utiliser l'image de façon novatrice et intelligente, dans un autre but que d'illustrer une histoire ou servir la narration.

Pourquoi ces trois auteurs en particulier : Sofia Coppola, Darren Aronofsky et Steven Soderbergh ?

Tout d'abord, ces trois réalisateurs sont différents des auteurs américains récents et habituellement étudiés, comme les frères Coen, Quentin Tarantino, Tim Burton ou Jim Jarmusch. Sofia Coppola, Darren Aronofsky et Steven Soderbergh sont des metteurs en scène plus "neufs", plus "vierges", et donc plus aptes à soutenir un nouveau regard sur le cinéma américain contemporain. Ensuite, ces trois réalisateurs sont à des stades distincts de leur carrière, représentant à eux trois une graduation, et donc un échantillon idéal pour aborder le cinéma américain dans toute sa diversité.


Sofia Coppola n'a pour l'instant réalisé qu'un unique film, Virgin Suicides (1999), première oeuvre troublante et extrêmement maîtrisée. Son film, produit sans l'aide des grands Studios par son père, Francis Ford Coppola, incarne la face indépendante et sans concession du cinéma américain. Virgin Suicides est le film d'un auteur qui n'a dû faire aucun compromis et a pu, grâce à une autonomie financière "filiale", réaliser un film unique et foncièrement en opposition avec l'imagerie adolescente pourtant florissante dans l'industrie hollywoodienne (voir les films comme American Pie [Paul Weitz, 2000] et autres dérivés à succès).

Darren Aronofsky est un peu plus en avance, puisqu'il a déjà réalisé deux long-métrages, Pi (1998) et Requiem for a dream (2000). Ces deux films ont été produits indépendamment des grands studios, à l'instar du film de Sofia Coppola. La grande différence réside dans le fait qu'Aronofsky en est à un stade plus avancé de sa filmographie.

Tout comme Burton avec des films comme Pee Wee Big Adventure (1985) et Beetlejuice (1988), Aronofsky a su faire ses preuves avec peu de moyens et va très certainement être récupéré par Hollywood. Son prochain film sera d'ailleurs un film de science-fiction à gros budget, produit par la Fox, et on parle de lui pour un nouvel épisode de Batman. Il représente de manière idéale un auteur indépendant formaliste, avec un univers personnel fort, sur le point de se faire assimiler par le système cinématographique américain.

Steven Soderbergh incarne en quelque sorte la prochaine étape, ce que sera peut-être Aronofsky dans quelques années. Après des débuts de cinéaste indépendant prometteur (palme d'or à Cannes en 1989 avec Sex, Lies and Videotape), il occupe aujourd'hui une place unique dans le cinéma américain. A la fois faiseur à succès et partie intégrante de la machine hollywoodienne, avec des films comme Erin Brockovich et Traffic (2000), il sait aussi parfois se démarquer du système pour réaliser des oeuvres plus subtiles, moins "calibrées" et influencées par le cinéma européen (The Limey [1999]).

Le corpus choisi concernant Soderbergh est constitué essentiellement de ses quatre derniers opus (Out of sight [1998], The Limey, Erin Brockovich et Traffic) parce que ses premiers films me semblent moins intéressants, du point de vue du montage notamment. Curieusement, Soderbergh a commencé à trouver son "style" à partir du moment où il a réalisé des films de commande pour Hollywood. Soderbergh est le réalisateur parfait pour étudier le cinéma américain contemporain parce qu'il en représente les deux pans : un cinéma de la marge, indépendant et cinéphile, et un cinéma de studio, plus convenu, plus populaire mais toujours aussi efficace.

A travers ces trois réalisateurs, représentant chacun un aspect divergent du cinéma américain, nous réaliserons une étude comparative. Pour cela, nous analyserons, séparément dans un premier temps, leur utilisation du montage, le rôle qu'ils attribuent à l'image, que ce soit dans la structure générale des films ou au sein même des séquences ; puis dans un deuxième temps, nous les confronterons afin d'en trouver les similitudes, les divergences, et vérifier l'hypothèse de ce mémoire.

Le cinéma américain est un cinéma difficile à cerner, pouvant engendrer les pires oeuvres comme les meilleures. Je ne prétends pas définir de manière définitive les concepts et les rouages d'une généralité de films provenant des États-Unis. Mais s'il y a bien une réponse à l'interrogation "Qu'est-ce que le cinéma américain d'aujourd'hui ?", c'est assurément dans les images qu'il véhicule que se trouve la solution. Cette question, c'est en décortiquant le montage, en cherchant comment sont agencés les plans et en déterminant ce qui se cache derrière l'image que l'on pourra y répondre.

En espérant que grâce à cette étude des montages de Sofia Coppola, Darren Aronofsky et Steven Soderbergh, un certain aspect général du cinéma américain contemporain pourra émerger.
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Université Paris 8 - Vincennes Saint-Denis
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