1831-1835 : l'Opéra de Paris sous la direction Véron
Guillaume Juin
Mémoire publié en 2007 - 112 pages


Résumé

Né le 5 avril 1798 à Paris, Louis Véron choisit d'abord la médecine avant de connaître une activité de journaliste et de publiciste. La diversité de ses expériences lui permet de développer son sens du commerce et des affaires et d'évoluer au sein de la bourgeoisie parisienne de l'époque, expériences agrémentées de leur lot de rencontres et de relations.
Aussi est-il pressenti au début de 1831 pour prendre la direction de l'Opéra de Paris , institution majeure sur la scène culturelle parisienne mais qui a besoin à ce moment-là de son histoire d'un "personnage" capable de lui donner une nouvelle impulsion.
En effet, les changements politiques survenus en 1830 s'accompagnent d'un changement du régime d'exploitation de l'Opéra qui est mis en "régie intéressée" et qui est désormais "confiée à un directeur-entrepreneur qui l'exploitera pendant six ans à ses risques, périls et fortune, […]."
Capable de verser le cautionnement nécessaire et ayant prouvé aussi bien son talent relationnel que son amour des arts et des lettres, le Docteur Véron devient donc directeur-entrepreneur de l'Opéra de Paris le 28 février 1831 après être passé par le bureau du ministre de l'Intérieur, le comte de Montalivet, pour signer un cahier des charges qui lui impose un certain nombre de contraintes artistiques et administratives.
Véron saura en jouer et en détourner les limites, si bien qu'il fait vivre à l'Opéra de la rue Le Peletier ses plus belles heures : travaux d'aménagement de la salle, création d'opéras spectaculaires et populaires, volonté d'ouverture au nouveau public bourgeois. Véron séduit en même temps qu'il dérange, et contribue à la création d'œuvres du Grand opéra français tel que le public des années 1830 l'apprécie.
Excellent gestionnaire, il anticipe l'épidémie de choléra qui sévit à Paris à partir d'avril 1832 et parvient à équilibrer le budget de l'Opéra malgré une saison 1832-1833 très médiocre.
Suscitant critiques et jalousies, Louis Véron fut poussée à la démission et quitta la direction de l'Opéra de Paris le 15 août 1835. Il aura su parfaitement s'enrichir au sein d'une institution culturelle, ce qui parut surprenant au regard de la mission qui lui avait été confiée.

Ce sont sur ces points que nous tacherons de revenir au cours d'un développement qui montrera la manière dont Louis Véron a fait de l'Opéra de Paris une affaire rentable, chose assez rare pour le souligner. Nous étudierons son parcours et insisterons sur la bourgeoisie comme milieu dont Véron est issu et sur la bourgeoisie comme nouveau public pour l'Opéra. Il sera aussi judicieux de voir comment Véron a réellement dirigé l'Opéra : sa présence quotidienne, son rapport aux artistes, ses choix artistiques.
En effet, peu d'études soulignent la quotidienneté du directeur de théâtre et sa perception personnelle de l'institution qu'il dirige.
Les sources, dont les Mémoires d'un bourgeois de Paris constituent un élément essentiel, témoignent de ces caractéristiques. Elles permettent de mettre en relation un homme et une institution, elles permettent aussi de poser la question de fond de la rentabilité de l'institution culturelle en France.
En effet, les principales critiques du milieu politique et artistique ont été dirigées contre la gestion financière de l'Opéra de Paris entre 1831 et 1835 car son directeur s'enrichissait.
John D. Drysdale a comparé en 2003 les résultats financiers de l'Opéra de Paris sous la Restauration puis sous la direction Véron, et en a déduit que Louis Véron avait été un bon directeur et bon gestionnaire.
William Crosten a dit comment l'Opéra avait été mené au cours des années 1831-1835, à savoir par un homme d'affaire bourgeois pour la bourgeoisie.
Enfin Jane Fulcher a démontré le rôle de l'Etat dans le message politique délivré par l'Opéra à travers sa programmation, notamment au cours des années 1831-1835.
Deux des trois grandes thèses s'intéressant à l'étonnant Docteur Véron se préoccupent de l'aspect financier de son administration, la troisième ayant une résonance plus politique et artistique.
Il y aurait sans doute la place pour une thèse française, les trois étant anglo-saxonnes, qui démontrerait grâce au passage de Véron à l'Opéra le problème de la culture face à l'argent : Louis Véron s'obligeant à réduire le vrai chiffre des recettes parce qu'elles étaient trop bonnes, Louis Véron étant prié de ne pas trop réussir à la tête de l'entreprise culturelle qu'il dirigeait alors, et de nombreux autres exemples pourraient être cités. L'exemple de l'Opéra de Paris sous la direction Véron illustre parfaitement le problème qui est posé lorsqu'un entrepreneur et sa logique rentable rencontre l'univers artistique d'une des plus rayonnantes des institutions culturelles françaises.

- Comment Louis Véron est-il parvenu à faire de l'Opéra de Paris une affaire rentable ?

- Dans quelle mesure sa manière d'administrer l'Académie royale de musique, la programmation choisie ainsi que le nouveau public bourgeois ont-ils permis à l'institution de vivre ses plus belles heures ?

- Enfin, pourquoi la réussite d'un "directeur-entrepreneur" à la tête de l'Opéra de Paris put-elle paraître problématique ?
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