Le processus de nationalisation des hydrocarbures boliviens, décrété par Evo Morales, s’inscrit dans cette recherche d’une souveraineté longtemps perdue, au profit des firmes pétrolières. On entend par souveraineté, « un État qui ne connaît sur son territoire aucune autorité supérieure » (Battistella, 2008). L’absence de souveraineté dont fait preuve la Bolivie est liée au pillage de ses ressources par les compagnies pétrolières et gazières mais aussi à l’histoire mouvementée et chaotique de ce pays, depuis son indépendance en 1825. Si l’indépendance de la Bolivie est une « caractéristique première de l’État souverain » (Rosière, 2008), elle n’en constitue pas moins la naissance difficile de l’État andin. On peut ainsi caractériser la Bolivie comme un pays en quête de son histoire (Fisbach, 2000).
Dans quelle mesure la nationalisation des hydrocarbures, amorcée le 1e mai 2006, constitue un enjeu national pour le territoire bolivien et la population indienne pour être suffisamment contestée par la région de Santa Cruz ?
Ainsi une analyse multiscalaire s’impose. Tout d’abord à l’échelle nationale. Les hydrocarbures boliviens seront-ils, comme le souligne Evo Morales, le pivot de sa politique sociale ? Les retombées économiques liées à cette nationalisation seront-elles bénéfiques pour le gouvernement andin et les populations indiennes ? Sur le plan politique, l’oligarchie « blanche » de l’Orient bolivien où se concentre les hydrocarbures, adhèrera-t-elle à ce projet indianiste ? La nationalisation des hydrocarbures ne risque-t-elle pas d’accélérer le processus de sécession de l’Orient vis-à-vis de La Paz ? Ainsi, à l’impact économique lié à cette nationalisation, s’ajoutent des enjeux territoriaux : à l’échelle nationale et internationale, quels regards sont portés sur cette politique de rupture ?
A l’échelle continentale, la nationalisation des hydrocarbures ne risque-t-elle pas d’exacerber le mécontentement du Brésil et de l’Argentine, les deux principaux importateurs de gaz bolivien ? Quelle sera la réaction des Etats-Unis, pour qui l’arrivée d’Evo Morales constitue une énième menace sur leur chasse gardée ?
Enfin à l’échelle mondiale, La Paz sortira-t-elle vainqueur dans le rapport de force déséquilibré qui l’oppose aux puissantes multinationales pétrolières et gazières ?