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Lettres et Langues

Le Bouddha Amitâbha dans le bouddhisme chinois : croyances et pratiques spirituelles des origines aux Tang
[Mémoire publié en 2011 - 161 pages]

Résumé :

Mon mémoire sur le bouddhisme chinois de la tradition de la Terre pure est composé de cinq parties qui présentent les éléments suivants :

1) De l'Inde à la Chine :

Je présente dans cette partie l'histoire de ce courant en partant de l'Inde. Ainsi, grâce à plusieurs ouvrages j'ai montré qu'Amitabha était déjà un Bouddha connu en Inde au début de l'ère chrétienne étant donné que les trois sutras de la Terre pure qui constituent le socle de ce courant existaient déjà aux alentours de 200 ap. J-C. D'autres sutras mentionnent déjà Amitabha en 150.
Pour ce qui est des origines géographiques, les croyances en ce Bouddha viendraient de Nord Ouest de l'Inde. En ce qui concerne maintenant la divinité Amitabha il y a plusieurs pistes : certains auteurs pensent qu'il s'agit d'une élévation au rang de Bouddha suprême du Bouddha Shakyamuni le fondateur du bouddhisme et d'autres y voient les influences d'une ancienne religion orientale que l'on nomme le Zoroastrisme.

J'ai présenté ensuite les deux maîtres indiens : Nagarjuna (2e siècle de notre ère) et Vasubandhu (3e s) qui appelaient déjà ce bouddhisme la « voie facile » puisque d'après les sutras il suffit de réciter le nom de ce bouddha pour renaître en son monde pur.
Cette croyance dans une renaissance facile dans le monde du bouddha vient de son voeu central du grand sutra de la vie infinie, ce voeu est prononcé par le Bouddha alors qu'il n'est encore qu'un disciple :

« Si, moi devenu bouddha, tous les êtres vivants des dix quartiers ayant le coeur sincère, la foi sereine et le désir de renaître en mon monde vont jusqu'à penser à moi dix fois et n'y vont pas renaître, je ne veux pas de la Parfaite Illumination. »

Après avoir établi les origines de ce courant, les principaux enseignements du sûtra j'ai étudié les débuts du bouddhisme de la terre pure en Chine avec la première communauté de croyants fondée par Lushan Huiyuan, un moine bouddhiste du 4e siècle de notre ère.

2) La formalisation du culte :

Je me suis concentré ensuite sur les enseignements des maîtres qui ont marqué le courant en Chine qu'ils soient reconnus comme patriarches de l'école de la terre pure ou non à savoir Tanluan, Daochuo et Jingying Huiyuan.

Tanluan :

Moine du 5e siècle qui a d'abord été taoïste et comme il cherchait la vie éternelle il est devenu dévot du bouddha Amitâbha puisque d'après les sûtras ceux qui renaissent dans la terre pure ont une vie illimitée.
Il a basé son enseignement sur 5 points :

1) la foi
2) l'invocation du nom d'où vient la pratique du nianfo
3) la méditation
4) visualisation
5) dédier ses mérites

Jingying Huiyuan (6e siècle) :

Très peu connu il a pourtant produit un commentaire majeur sur le sutra des contemplations qui a influencé de nombreux moines.
Il met l'accent principalement sur le pouvoir de la dévotion au Bouddha et la place du maître.
Jingying Huiyuan ne sera pas reconnu car à cette période là il n'existait pas de courant de la terre pure au sens formel.

Daochuo :

Il vécu au 6e et 7e siècle. Ayant vécu dans une période où les guerres entre différentes dynasties étaient courantes (la dynastie des Zhou du Nord (557-581) envahit le Shanxi, et provoqua la défaite des Qi du Nord en 577), il se réfugia dans la religion.
Daochuo a mis l'accent sur l'idéologie de « la fin de la loi » (mofa) croyance qui s'est développée à cette période là en Chine selon laquelle les pratiquants sont trop éloignés dans le temps des enseignements de Shakyamuni et ne peuvent plus atteindre l'éveil par eux même en se livrant à l'ascétisme etc. et donc il préconise de vouer un culte exclusif à Amitabha car d'après lui il est le seul à pouvoir mettre fin au cycle des renaissances.
Il met l'accent sur l'idée qu'il existe au sein du bouddhisme chinois deux bouddhismes différents : l'un qu'il va appeler « voie des sages » et l'autre « voie facile » (courant de la terre pure).
Cette idée selon laquelle la voie de la terre pure serait plus facile sera à l'origine de sa grande popularité encore aujourd'hui en Chine. Cette vision plutôt exclusive du culte marquera le début d'une école de la terre pure indépendante en Chine.
Toutefois c'est véritablement Shandao qui formera le courant de la terre pure en Chine.

3) Le culte d'Amitabha sous les Tang :

J'ai donné quelques rappels historiques sur la dynastie Tang à savoir que les premiers souverains ont été Gaozu qui a regné de 618 à 626 puis Taizong etc.

C'est durant cette période que le bouddhisme va connaître son apogée et que le courant de la terre pure va se former. Toutefois c'est réellement avec l'impératrice Wu zetian (7e siècle) que le pouvoir sera vraiment lié à la religion bouddhiste étant donné que la popularité de cette religion ne plaisait pas beaucoup aux taoïstes proches de la cour.

Concernant Shandao, on a peu de données sur sa vie car les sources postérieures écrites sur lui divergent sur de nombreux points ; en revanche ses écrits sur le bouddhisme sont connus.
Il aurait vécu de 613 à 681 et aurait largement contribué à propager la doctrine de la terre pure.
Pour étudier son enseignement, je me suis basé sur :

- la Méthode de contemplation (guan nian fa men)
- des extraits connus de son commentaire du sutra des contemplations à savoir la parabole du chemin blanc et le gatha des trois refuges.

Shandao a donc véritablement formé le bouddhisme de la terre pure en décrivant précisemment la nature de la foi en Amitabha :

- La conviction que nous sommes tous des êtres ordinaires soumis au Karma et ainsi que nous renaissons sans cesse depuis la nuit des temps.
- La croyance forte dans le fait que les 48 voeux du Bouddha Amitâbha embrassent tous les êtres et permettent à ceux qui ont foi dans leur efficace de renaître dans la terre pure après leur mort.

Il discerne ensuite 5 actes qui selon lui permettent de s'assurer la renaissance auprès du Bouddha :

1. Le chant des Sutras, on retrouve plusieurs fois des recommandations sur cette pratique dans sa Méthode de Contemplation.
2. Contempler, visualiser le Bouddha Amitâbha, ses deux assistants et sa terre pure.
3. Vénérer le Bouddha Amitâbha.
4. Réciter le nom du Bouddha Amitâbha : il s'agit de la pratique centrale car elle est appelée « l'acte fixant dans le vrai ».
5. Faire des offrandes aux bouddhas et aux bodhisattvas.

4) Les autres courants bouddhistes et le culte d'Amitabha :

J'ai démontré lors de cette partie que contrairement à des idées reçues en Occident la pratique centrale du bouddhisme Mahâyâna chinois est bien le culte d'amitabha puisqu'il est vénéré dans le le Zhenyan (tantrisme chinois), le Huayan, le Tiantai et même le Chan.
Bref dans toutes les traditions qui ont durablement marqué le bouddhisme chinois.
Pour appuyer ce postulat je me suis basé sur l'étude des sûtra ainsi que les écrits de maitres éminents, à savoir ceux de :
- Chan : Daoxin 4e patriarche du Chan, (580-651), Hongren (601-674 5e patriarche), Shenxiu (607-706), Huineng (6e patriarche 638 - 713), Le courant Cimin
- Tiantai : Zhiyi (538-597) 3e patriarche pour le Tiantai, « dix doutes concernant la terre pure ».
- Huayan : sûtra et Zongmi 5e patriarche du Huayan (780-841).
- Zhenyan : sûtra et structure des mandala du tantrisme.

Toutes ces traditions ont adapté le culte amidiste à leurs enseignements mais ne l'ont pas oublié pour autant, ce qui est souvent soutenu par des auteurs occidentaux influencés par les écrits des maitres Zen japonais, qui ont une vision stricte du bouddhisme chinois.

5) Analogies entre le bouddhisme de la Terre pure et le taoïsme : (sert d'ouverture sur la pensée religieuse chinoise dans son ensemble)

Lors de cette dernière partie je me suis efforcé de démontrer que les échanges entre le bouddhisme de la Terre pure et le taoïsme sont nombreux, et donc que l'amidisme est bel est bien devenu une croyance typiquement chinoise.
Pour se faire, j'ai montré que la recherche de l'immortalité dans le taoïsme religieux avait amené certains taoïstes à vénérer Amitâbha, comme par exemple Tanluan qui était d'abord taoïste, puis qui aurait d'après certaines biographies « brûlé ses textes taoïstes » pour se tourner vers la foi, en Amitâbha en vue d'obtenir l'immortalité.

Ainsi certains auteurs comme Roger Corless soutiennent que Tanluan se serait en réalité converti au bouddhisme pour atteindre la vie éternelle, sa conversion serait donc largement conditionnée par les croyances taoïstes.
Je montre aussi en citant des auteurs comme Henri Maspero qu'en réalité si le bouddhisme a pu se propager aussi vite en Chine, c'est surtout dû au fait que les chinois le voyaient comme un autre moyen d'atteindre l'immortalité, ce qui explique la popularité du culte d'Amitâbha en Chine.

(Dans l'esprit des chinois : nirvâna = atteinte de l'immortalité)

Lors de cette partie je me suis aussi intéressé à des divinités comme Guanyin qui sont à la base présentes dans le culte amidiste connus comme des émanations ou des assistants d'Amitâbha dans sa terre pure et qui ont été introduites dans le panthéon taoïstes parmi les « immortels ». Guanyin a même servi de modèle à la création d'une divinité taoïste qui se nomme Jiuku tianzun et qui a les mêmes propriétés qu'elle.
Pour le démontrer, je me suis basé sur des extraits des textes taoïstes qui parlent de Jiuku tianzun en les comparant aux sûtra dédiés à Guanyin, j'ai ainsi constaté qu'il y avait de fortes ressemblances ce que suggère Christine Mollier dans son oeuvre Buddhism and Taoism Face to Face.
Je termine mon mémoire par un exposé de différents groupes ou « sectes » syncrétiques qui ont mêlé des concepts taoïstes et le culte de ce Bouddha comme la célèbre secte du lotus blanc ou la secte Luo.

Conclusion :

Je suis arrivé à la conclusion que le Bouddha Amitâbha avait déjà un rôle central dans le Mahâyâna chinois sous les Tang, ce qui va à l'encontre de l'idée préconçue en Occident selon laquelle il s'agirait d'une croyance postérieure au Mahâyâna chinois.
Cette tradition, qui était au départ indienne, a été intégrée au bouddhisme et est devenu le courant le plus connu en Chine sous les Tang puisqu'après la grande persécution anti-bouddhiste de 845, il ne restera que deux traditions bouddhistes : le Chan et la Terre pure.
Les croyances taoïstes de recherche de l'immortalité se retrouvant dans le culte d'Amitâbha ainsi certains maîtres bouddhistes n'ont pas hésité à prôner un syncrétisme taoïste et bouddhiste.

Romain Cuny Université Michel de Montaigne Bordeaux 3  
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