Moyen de rencontre et de fraternisation entre les êtres humains, outil d’apprentissage de la rigueur et du dépassement de soi, le sport est aussi facteur d’exacerbation du chauvinisme et de l’esprit clanique, outil de manipulation sociale et politique. Un abîme s’étend entre l’ « esprit olympique » et l’ « esprit boursier », entre la pratique de l’amateur et les pratiques d’un certain sport professionnel surmédiatisé et dominé par la finance. De quoi parle-t-on quand on aborde le sport comme facteur de médiation interculturelle ?
Tel est le thème de ce dossier à travers lequel je voulais m’interroger sur le sport comme facteur de promotion sociale. A partir de recherches faites sur le terrain et mobilisant des méthodes (monographie, corpus d’extraits de presse et de livres, témoignages, analyses statistiques secondaires) ce mémoire s’intéresse à la relation entre la pratique sportive et la vie sociale, relativise cette croyance dans les vertus intégratrices du sport et interroge la fable de la citoyenneté par le sport.
Ce travail est organisé en quatre parties qui, par le biais de cadrages successif, entendent préciser le contexte vertueux et éducatif de la pratique sportive dans nos sociétés. Ainsi, après avoir présenté l’institution SPORAZUR, lieu de mon stage, je m’intéresserai dans un second temps sur le rôle assimilateur de la pratique sportive. Le chapitre intitulé « l’intégration par le sport » traite la question du sport et l’immigration. Le cas des sportifs, maghrébins ou noirs, immigrés est mis en évidence à travers une étude de cas d’un sportif immigré qui s’est émergé, par la grâce de la pratique sportive, en dépit de sa différence... Je m’intéresserai également dans ce chapitre à la nouvelle génération de sportifs issus de l’immigration. Une génération tiraillée entre le pays d’origine et celui des ancêtres et dont le choix identitaire reste très douloureux. Dans cette partie du dossier, il est aussi question de traiter le thème de l’exacerbation identitaire et l’effet de la foule dans le sport à travers l’exemple des ultras Niçois. Alors que dans la troisième partie de ce mémoire, j’essayerai de montrer qu’à la différence de la culture, de l’économie ou de la politique, le sport semble pouvoir fonctionner comme un ascenseur social. Le travail socio-éducatif de proximité fait par les clubs sportifs est mis en exergue à travers le model de l’Ariane Boxing Club, un club dévoué à la cause social du quartier. Mon projet de stage tient également une large partie dans ce chapitre. Après avoir détaillé le rôle du sport dans la médiation interculturelle, j’exposerai dans la dernière partie aussi bien mon vécu entant que stagiaire que mon rôle, ainsi que celui de l’institution, dans un tel contexte de stage.
Depuis le début du XXème siècle, le sport moderne est légitimé par ses vertus supposées sur la santé physique comme sociale. Un discours sur « la citoyenneté par le sport » émerge dès la fin des années quatre-vingt poussé par la réussite exemplaire des sportifs issus conjointement de l’immigration et des milieux populaires. Cette incarnation du sport, d’abord circonscrite à ses promoteurs et acteurs puis aux divers entrepreneurs de morale, s’est propagée en même temps que se diffusaient les pratiques et que s’amplifiait la médiatisation des spectacles sportifs. Le mythe d’un sport vertueux en soi s’est bien ancré dans nos sociétés. Pourtant nombreux sont ceux qui ne croient pas en cette « moralité sportive ». La doxa du sport intégrateur, vertueux et éducatif est désormais remise en question par quelques sociologues, philosophes et politistes.
Bien que fondé sur le principe de la confrontation, de la compétition, de la victoire, le sport met aussi en jeu la question des identités et du rapport à l’altérité. En outre, phénomène de société, le sport occupe une place de choix dans la structuration et les représentations de l’espace social. La facilité nous inciterait à considérer que le sport est un moyen d’intégration. Mais peut-on en être aussi sûr que la simple pratique sportive assure une promotion intégratrice ? Les détracteurs de la compétition et du spectacle sportif comme Jean-Marie Brohm ou Marc Perelman apportent un niet catégorique : dans le sport, sont rassemblés tous les avatars du monde capitaliste et du libéralisme sauvage. Plutôt que d’intégrer, il désintègre et atomise l’individu, réveillant en lui les instincts les plus bas exprimés notamment par les foules sportives. Certains faits et indicateurs ne laissent planer aucun doute : le sport suscite violence, racisme et radicalités en tout genre comme le nationalisme ou le régionalisme exacerbé par certaines compétitions.