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Communication et Médias

Le rôle des médias privés dans la réalisation de l'alternance politique au Sénégal.
[Mémoire publié en 2002 - 126 pages]

Résumé :

Les médias privés sénégalais, dans leur ensemble, ont joué un grand rôle dans la réalisation de l'alternance politique au Sénégal. Malgré la faiblesse de leurs moyens financiers ou techniques et les multiples pressions ou censures dont ils faisaient l'objet, bref, malgré un environnement qui leur était hostile, les journalistes de ces médias ont réussi à s'imposer dans l'espace médiatique sénégalais caractérisé par une longue période de monopole exercé par l'Etat sur les médias officiels.

Toutefois, cette performance ne serait sans doute pas possible sans leur professionnalisme, leur volonté de faire le journalisme autrement, attitudes qui leur ont permis de donner la parole à ceux qui ne pouvaient pas se faire entendre dans les médias d'Etats (partis politiques d'oppositions, syndicats d'étudiants ou de travailleurs, simples particuliers), d'informer juste et vrai la population sur toutes les questions qui la concerne, de servir de tribune à tous les partis politiques, opposition ou au pouvoir, d'agir sur la conscience populaire et enfin de rendre possible, par leur engagement citoyen lors des dernières élections présidentielles de février et mars 2000, l'avènement d'un nouveau régime politique dans le calme et la transparence.

Mais les médias privés, dans leur travail d'information, ont bénéficié de l'appui d'éléments que nous qualifions de facilitateurs. Il s'agit des technologies de l'information et de la communication et de la société civile. Grâce à la téléphonie mobile, les médias privés sénégalais ont réussi à assurer une couverture complète du territoire national lors du scrutin présidentiel et transmettre rapidement les informations. Quant à internet, présent au Sénégal depuis 1996 seulement, il a permis à cette presse privée avec ses éditions on line de s'internationaliser, d'informer le plus grand nombre de citoyens et, grâce à la liberté d'expression qu'il procure, d'échapper à la censure des politiques.

Le travail de la société civile, réunie au sein du Front d'Action de la société civile (FACS) a consisté à sensibiliser les populations sur les enjeux et l'importance du vote, à entreprendre des actions de médiation entre l'ONEL, les partis d'opposition et le parti socialiste alors au pouvoir qui ont conduit au règlement de nombreux contentieux politiques, à surveiller tout le processus électoral. Aussi, les nombreux débats sur les questions d'ordre national qu'organisait la société civile ainsi que ceux auxquels elle participait dans les médias surtout privés ont été d'un grand éclairage pour le public sénégalais. L'objet de ce travail de recherche que nous avons mené se veut une réflexion sur ce que doit réellement être le rôle de la presse dans un pays démocratique.

Plus qu'un instrument servant à relayer la politique gouvernementale, les médias, dans un régime démocratique, doivent servir à véhiculer une information plurielle, honnête et tenant compte des préoccupations de tous les citoyens de quelque sensibilité qu'ils soient, à passer au crible l'action du gouvernement, d'organiser des débats qui donnent à l'opinion publique le moyen de se faire entendre des autorités politiques. Cela est d'autant plus important qu'un gouvernement ne peut être vraiment légitime et appréciable que s'il informe régulièrement la population de ces actions et lui donne des moyens indépendants de bien les évaluer. C'est pourquoi les débats radiophoniques ou télévisuels auxquels sont invités les ministres et autres personnalités publiques, du fait qu'ils leur permettent de répondre aux questions qui leur sont posées, nous semblent d'un grand intérêt. Mais tout cela ne peut réellement se faire que si les médias sont véritablement indépendants.

A notre avis, plus de deux ans après l'alternance politique qui a rendu possible une refonte de l'Etat, la configuration de l'espace médiatique sénégalais doit dépasser le schéma traditionnel représentant d'une part, une presse dite d'Etat focalisant toute son attention et tout son génie sur les activités du gouvernement, voir du parti au pouvoir et, d'autre part, une presse privée qui se veut indépendante, beaucoup plus proche des opposants au régime en place, des couches sociales défavorisées et véhiculant une information juste, vrai et honnête. Cela est d'autant plus facile à réaliser qu'aujourd'hui, la presse officielle d'Etat a beaucoup évolué. C'est pourquoi nous pensons que la presse sénégalaise dans son ensemble doit tendre vers un seul but : la production d'émissions et d'informations tenant compte de la diversité politique, religieuse, sociale, ethnique, linguistique du Sénégal et respectueuses des règles éthiques et déontologiques de la profession de journaliste. Mais au regard de ce qui se passe aujourd'hui, il faut reconnaître que la situation n'est guère reluisante.

En effet, après s'être beaucoup appuyée sur la presse privée pour accéder au pouvoir, le régime du président Wade qui dirige actuellement le Sénégal est accusé, avec acharnement, de vouloir remettre la presse au pas en brandissant des menaces de procès ou en jetant purement et simplement des journalistes en prison mais aussi et surtout, de s'accaparer de la télévision nationale, chose que l'actuel locataire du palais avait longtemps combattu quand il était dans l'opposition.

L'exemple le plus patent est survenu seulement quelques mois après l'accession de Wade au pouvoir soit le 14 décembre 2000. Ce jour là, des journalistes du quotidien Le Populaire Mamadou Thierno Tall et Sidy Diop ont été interpellés. La presse du lendemain, vendredi 15 décembre 2000 a publié des photos de leurs confrères au fond d'un cachot d'un commissariat et assis sur les carreaux. Ces images qui ont beaucoup choqué les professionnels des médias et les démocrates ne sont que la résultante d'une politique de censure orchestrée par le nouveau régime en place. Aujourd'hui, il est désormais interdit à tout journal sénégalais d'interviewer l'abbé Diamacoune Senghor, le chef du mouvement indépendantiste casamançais, le MFDC. Cette interdiction viserait à ne pas faire de publicité pour le propos séparatistes de l'abbé mais également éviterait aux journalistes de divulguer de fausses nouvelles pouvant démoraliser l'armée sénégalaise. Cette atteinte à la liberté d'expression et d'informer est évidemment inadmissible pour les professionnels des médias.

Aussi, en avril 2000, en précisant les tâches et missions dévolues à chacun des membres du tout nouveau gouvernement qu'il venait de mettre en place, le président Wade, se souvenant sans doute des éditoriaux dithyrambiques que des journalistes du quotidien national faisaient à l'endroit de son adversaire Abdou Diouf, faisait peser publiquement la menace de suspension et même de fermeture du Soleil. Et si Le Soleil brille toujours dans l'espace médiatique sénégalais, il le doit sans doute à la forte mobilisation des journalistes sénégalais de tout bord mais aussi des membres de l'opinion publique. En tout cas, cette menace qui avait des allures de règlements de compte ne montrait encore une fois que la tension qui existait entre le pouvoir politique et la presse sénégalaise.

Cependant, malgré de multiples dénonciations et condamnations, la détermination du pouvoir en place à circonscrire l'action des médias sénégalais ne faiblit pas. En témoigne l'éviction du second directeur de la Radiotélévision sénégalaise (RTS) depuis l'accession de Wade au pouvoir, Mactar Silla, dont les compétences ne sont plus à démontrer, après une série de reportages mettant à nu les tares de la société sénégalaise. Ce qui a amené Vieux Savané, journaliste à Sud Quotidien de formuler un certain nombre d'interrogations : " Comment peut-on d'ailleurs reprocher à des journalistes de faire des reportages qui montrent des terres asséchées, craquelées, assoiffées ? Comment reprocher que l'on montre des paysans grugés qui exhibent des bons impayés, des vaches faméliques, des mendiants qui s'agglutinent aux coins des feux rouges, du moment que ce sont les faits. Ils rendent compte de réalités quotidiennes, que nous côtoyons tous les jours. Et elles sont incontournables. A défaut de les montrer, faudrait-il alors, tout professionnalisme piétiné, braquer résolument la caméra du côté du palais de la république et nous abreuver d'audiences, meubler notre imaginaire de projets qui se télescopent, rendre compte des allers et retours des ministres ? Faudrait-il boycotter tout ce qui fait désordre, en lui réservant la portion congrue ? Un manteau de silence va t-il alors revêtir les manifestation des Partis politiques, des syndicats, de la société civile ? Ainsi on ne parlera ni de corruption, ni des autres travers qui gangrènent la société sénégalaise. Il y a comme une invite à taire les dysfonctionnement, comme un appel à la laudation " (Vieux Savané : " Lisibilité ", Sud Quotidien du 30 août 2002).

Ce long questionnement que nous avons tenu à reproduire intégralement n'est, en fait, que l'énumération de tout ce que la presse ne doit plus faire aujourd'hui au Sénégal. Ce qui exige de tous une certaine vigilance pour éviter à notre démocratie une régression qui serait synonyme de retour en arrière. Mais les dérives ne se manifestent pas seulement au niveau des méthodes étatiques. Au sein de la presse écrite, nous avons noté l'émergence d'une certaine presse qui, si elle n'est pas vite canalisée, peut porter un sérieux coup à la profession.

En effet, aujourd'hui au Sénégal, après la presse de l'administration coloniale, la presse officielle d'indépendance et les journaux dits indépendants, émerge une nouvelle génération de journaux dont les plus connus sont Dakar Soir (qui ne paraît plus), Le Populaire, L'Actuel, Révélations, Frasques Quotidiennes, Le Tract, Scoop, Le Volcan et le défunt quotidien La Nouvelle. Excepté ce dernier qui s'était clairement démarqué, ces publications classées sous le nom de presse populaire ont la caractéristique d'être des journaux qui ne traitent que de faits divers. Ils s'occupent des scènes quotidiennes de ménages et du vécu des Sénégalais. Avec le choix de cette ligne éditoriale, ces journaux, qui coûtent 100f CFA alors là où leurs concurrents se vendent pour le double, ont profité du sentiment de lassitude du public saturé d'une information politique quasi uniformisée et connaissent aujourd'hui un succès retentissant comme l'attestent les 40 000 exemplaires que tirait Moeurs.

Ce journal, contrairement aux autres a choisi de ne traiter que d'affaires d'adultère, de proxénétisme, de prostitution et de scènes sexuelles décrites dans le moindre détail. Ce qui, dans un pays avec 95 % de musulmans, a fait l'objet de nombreuses protestations de la part de personnes ou d'associations qui se sont dites choquées par les titres de Moeurs. Paradoxalement, ce journal marchait bien jusqu'au jour où il s'est mis dans un imbroglio judiciaire.

Pratiquement toutes les autres publications de la presse populaire se débattent aujourd'hui dans des affaires de diffamation. Selon des professionnels des médias, cette situation s'explique par le fait que ces journaux emploient très souvent des pigistes sans formation professionnelle et qui ne vérifient souvent pas les informations qu'ils publient. Ce qui pose le problème de l'éthique et de la déontologie. Pour le cas de Moeurs, la situation était tellement préoccupante que c'est le SYNPICS, syndicat de journalistes, était obligé de saisir le Conseil pour le Respect de l'Ethique et de la Déontologie (CRED).

Toutefois aujourd'hui, avec le professionnalisme et l'indépendance reconnus des journalistes sénégalais, et compte tenu du travail remarquable réalisé durant les dernières années du règne du régime socialiste, nous sommes en droit d'espérer qu'ils relèveront les défis que leur pose l'exercice de leur métier. Mais cela passera impérativement par une réflexion poussée qui permettra de déterminer clairement les limites de la liberté d'expression et d'information du journaliste ainsi que son sens de la responsabilité.

Mamadou Ndiaye Université Michel de Montaigne Bordeaux 3
Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine (MSHA)  
NC NC

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