Interview de M.Laurent De Clara, co-fondateur et directeur du développement de l'European Institute of Interdisciplinary Research
Bonjour, Monsieur De Clara, pouvez-vous vous présenter en quelques mots (formation, expériences...) ?
Je suis Co-fondateur et Directeur du développement de l'European Institute of Interdisciplinary Research (Institut Européen de Recherche Interdisciplinaire en français) et Directeur Associé des activités de Conseil de son département Business Advisory.
Je suis également Chercheur Associé à l'INSEAD (Fontainebleau). Je suis diplômé de l'Institut de Préparation à l'Administration et à la Gestion (IPAG) et j'ai effectué l'essentiel de mon parcours professionnel dans les métiers du Conseil et de la Recherche en Management, en cabinet chez Deloitte Consulting au début de ma carrière avant de travailler pour le compte d'organisations internationales comme la Commission Européenne ou l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE).
Les métiers du conseil ont-ils évolué ces dernières années ? Quels sont les secteurs les plus porteurs ? Et les plus accessibles aux jeunes diplômés ?
Les métiers du Conseil ont beaucoup évolué car la nature des problèmes à laquelle sont confrontés les clients a changé ce qui a conduit les sociétés de conseil à adapter leurs prestations en fonction des besoins rencontrés. Les demandes des clients sont principalement axées aujourd'hui sur des problématiques de croissance ou d'internationalisation de leurs activités sur fond d'évolutions réglementaires, de déséquilibres monétaires, de bouleversements géopolitiques et géostratégiques et de globalisation. L'accompagnement de clients dans leurs stratégies de croissance en Europe de l'Est, en Chine et en Inde au sein de notre département Business Advisory reflète d'ailleurs cette tendance et constitue un axe majeur de notre développement.
Il est intéressant de noter que les métiers du Conseil offrent de réelles opportunités pour les jeunes diplômés qui ont le goût des challenges et la curiosité intellectuelle de s'intéresser à des domaines qu'ils n'ont pas toujours l'occasion d'aborder dans leur cursus de formation par rapport à des matières dites 'traditionnelles' que sont par exemple la Finance ou le Marketing. Je pense en particulier au Développement Durable qui connaît un réel essor compte tenu des contraintes environnementales grandissantes et de l'évolution de la politique européenne et de la législation en la matière. En France, le marché du Conseil qui a renoué avec la croissance à deux chiffres depuis 2006 devrait voir les secteurs de la banque/assurance et de l'énergie comme les secteurs clients les plus porteurs en 2008 qui devraient logiquement tirer l'essentiel des recrutements des sociétés de conseil en particulier dans les métiers du Conseil en Management et du Développement et Intégration de Systèmes. D'ailleurs, SYNTEC Informatique prévoit une croissance soutenue en 2008 sur le marché français des logiciels et des services en dépit des incertitudes sur la croissance et de la crise du " subprime ".
L'accessibilité aux métiers du Conseil dans ces secteurs d'activité dépendra du cursus de formation, de l'école ou de l'université ainsi que de la nature des stages en entreprises dont le jeune diplômé peut se prévaloir. Si d'une manière générale le Conseil en Management en France est traditionnellement réservé aux diplômés issus des Grandes Ecoles de Commerce et d'Ingénieurs, des perspectives intéressantes existent pour les jeunes diplômés dans les métiers du Conseil lié à l'innovation technologique ou destiné au secteur des télécommunications; d'ailleurs certaines sociétés de conseil en ont fait leur spécialité.
Lors d'un recrutement privilégiez-vous certaines formations ? Existe-t-il pour vous un "parcours type" ?
Nous recherchons des personnes motivées, attirées par le challenge intellectuel et qui ont le goût d'entreprendre. Notre dimension internationale nous conduit nécessairement à nous intéresser à des profils qui nous ressemblent puisque nous effectuons l'essentiel de nos activités à l'étranger. Outre la maîtrise de l'anglais à l'oral, il est indispensable que les candidats soient capables de parfaitement rédiger en anglais puisque nous publions les résultats de nos travaux de recherche. Nous privilégions les formations de type Master en Management ou Sciences-Politiques idéalement complétées d'un MBA ou d'un PhD. Même s'il n'existe pas de " parcours type " au sein de notre structure, les membres de notre équipe ont toutefois en commun d'avoir été chercheur et/ou professeur à l'INSEAD, Harvard Business School, Sciences-Po Paris à titre d'exemple.
Le métier s'est-il aussi ouvert aux étudiants issus d'universités ?
Malheureusement, à l'exception de quelques universités, les métiers du Conseil en France restent en majeure partie destinés aux diplômés issus des Grandes Ecoles de Commerce et d'Ingénieurs. A tort puisqu'une des préconisations issues des résultats de l'étude annuelle 2006/2007 du SYNTEC Conseil en Management est précisément de diversifier le recrutement vers des profils différents en laissant davantage de place aux diplômés des universités.
Quelles sont les perspectives d'évolution de carrière pour des jeunes diplômés ? Avez-vous des conseils à leur apporter ?
Les perspectives d'évolution de carrière des jeunes diplômés dans les métiers du Conseil seront plus intéressantes et aussi plus rapides pour ceux qui évolueront dans les domaines où il existe une forte demande d'accompagnement de la part des clients. J'ai évoqué auparavant les problématiques liées à l'internationalisation des entreprises ou l'innovation technologique. Il est d'autres secteurs dans les métiers du Conseil qui offrent également de belles perspectives en particulier tout ce qui a trait à la recherche de performance interne, aux fusions-acquisitions, au vieillissement de la population et à l'industrialisation des métiers de services. Le marché du Conseil étant cyclique et régi par la loi de l'offre et de la demande, je conseille donc aux jeunes diplômés de suivre cette tendance et de se positionner sur les secteurs qui " marchent " à travers notamment des stages en entreprises pour une première approche du métier. Un stage ou une première expérience chez un pétrolier ou un gazier peut s'avérer être un choix judicieux.
Le monde du conseil souffre-t-il de la concurrence internationale ? Le conseil est-il un marché mondialisé ?
Le marché du Conseil en France souffre comme les autres marchés de la concurrence asiatique en particulier de l'Inde. Limitée il y a encore quelques années aux seuls développements informatiques, l'offre des sociétés de conseil indiennes n'a cessé de s'étoffer pour remonter peu à peu la chaine de valeur et proposer des prestations plus larges dont le Conseil en Management. Et leur appétit pour le marché européen de devenir grandissant sur fond de spectre de récession aux Etats-Unis leur premier marché et la faiblesse du dollar. On assiste bel et bien à un phénomène de mondialisation du Conseil et j'en veux pour preuve l'organisation des grandes sociétés de conseil par pôles de compétence mondiaux et non plus par découpages géographiques. Dans la mesure où les clients cherchent davantage aujourd'hui à recourir à une expertise extérieure pour résoudre des problématiques toujours plus complexes, les sociétés de conseil doivent s'organiser et être capables d'aller chercher les compétences requises où elles se trouvent parfois à l'étranger, ce qui suppose une organisation flexible et une certaine mobilité de la part des consultants.
Vous êtes membre du prestigieux European Institute of Interdisciplinary Research (EIIR), quel est le rôle de cette structure européenne ?
Cette structure créée en 2003 qui trouve son origine à l'INSEAD est un Think Tank indépendant qui se focalise sur les problématiques liées à l'innovation, à la croissance et à la compétitivité que ce soit au niveau des nations, des régions ou des entreprises. Européen par ses racines, EIIR est résolument internationale par sa dimension tant par la nature de ses activités que par la portée de ses travaux.
Nous participons régulièrement à des conférences internationales organisées par des institutions comme la Banque Mondiale, la Commission Européenne ou le National Bureau of Economic Research (NBER). Nous avons été engagé dans des travaux pour le gouvernement d'Uzbekistan sous l'égide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le gouvernement régional de l'Ombrie (Italie), l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) à titre d'exemple.
Nous mettons également l'expertise issue de nos travaux de recherche à la disposition des acteurs privés ou institutionnels. Le département Business Advisory dont je suis responsable propose une offre de services à destination des institutions internationales, des multinationales, des PME, des organisations à but non lucratif et des gouvernements dans les domaines de la stratégie, de la régulation, de l'économie, de l'innovation et de la technologie. Notre offre s'articule autour de 3 grands axes sur des problématiques liées à la compétitivité et à la croissance des entreprises, au développement économique et à la stratégie de compétitivité des nations et des régions, à la gouvernance publique et au développement des institutions. Davantage d'informations sont disponibles sur notre site Internet à l'adresse www.eiir.org dans la section Business Advisory.
Souhaitez-vous apporter un complément d'information ?
Je pense qu'il est important pour une personne désireuse de se tourner vers les métiers du Conseil, jeune diplômée ou non, de bien réfléchir à son projet professionnel et à quel type de Conseil elle souhaite se destiner tant la diversité des métiers, des organisations et des secteurs d'activité est grande. Des sociétés de conseil en management et services informatiques aux cabinets spécialisés, il existe une multitude de choix qui offre différentes possibilités en termes d'intérêt, de développement personnel et d'évolution de carrière. Je crois en une forme d'indépendance du Conseil en Management dans l'intérêt premier des clients et qui doit se faire loin de considérations purement financières de rentabilité. De cette réflexion, chacun pourra y trouver sa propre voie.