Interview de M. Jean-François Plantin, Commissaire aux Comptes (CAC) et Président de la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Paris (CRCC)
Bonjour Monsieur Plantin, vous êtes Commissaire aux comptes (CAC) et Président de la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes (CRCC) de Paris, pouvez vous nous parler de votre métier ?
Les 15 000 Commissaires aux comptes, répartis dans toute la France, assument des missions légales de certification des comptes annuels auprès de 200 000 organisations couvrant quasiment l'ensemble des secteurs d'activités.
Certaines entreprises ont un statut juridique qui rend obligatoire l'intervention d'un CAC (ex : les Sociétés par actions), mais le CAC intervient aussi pour le secteur "non-marchand" (ex : les associations) ou le secteur parapublic (universités).
Nous sommes des créateurs de confiance, nous jouons un rôle déterminant dans la transparence des informations financières et nous sommes des partenaires privilégiés des chefs d'entreprise.
Comment devient-on Commissaire aux comptes ? Diriez-vous que c'est un parcours difficile ?
Il y a deux voies d'accès à la profession de CAC.
La première réside dans l'obtention du diplôme d'expert-comptable qui donne accès à la profession de CAC en passant par un stage au sein d'un cabinet effectuant du CAC.
La seconde passe par le certificat d'aptitude à la profession de CAC (certains diplômes bac + 2/3 ouvrant cette voie) qui, au terme de trois ans de stage et de formation, et d'un examen final, permet de devenir CAC.
Une grande réforme verra le jour en 2008, le certificat d'aptitude à la profession de CAC sera remplacé par le diplôme d'Audit Légal, qui je l'espère attirera vers la profession de nombreux étudiants après leur master. Les attraits de ce nouveau diplôme sont nombreux, il offre également une passerelle intéressante et rapide vers le diplôme d'Expert comptable.
Il faut une réelle motivation pour accéder à cette profession, mais le parcours étudiant représente un véritable attrait, puisque réalisé pour une partie importante au sein de cabinets en exerçant concrètement.
Quel est pour vous, s'il existe, le "profil type" du Commissaire aux comptes ? Quels atouts sont nécessaires pour réussir dans le métier ?
Le profil type du CAC n'existe pas, car il y a plusieurs manières d'assurer les missions dévolues au CAC : au sein de grands cabinets, le CAC peut devenir un spécialiste ; au sein de cabinets à taille humaine voire en profession libérale, il reste un généraliste devant faire face à des situations bien différentes.
Le CAC doit être un " bosseur ", avec des facultés d'écoute et une bonne dose de self-control car les tensions existent quand il s'agit de donner une opinion. Il faut aussi une réelle curiosité intellectuelle permettant d'appréhender des situations différentes (secteurs d'activités et taille des entités contrôlées, compétences juridique, financière etc.), une adaptabilité au changement (de dirigeant, de structures, etc.), et un relationnel éprouvé puisque notre métier est fait de rencontres incessantes et enrichissantes (dirigeants, salariés, travail en équipe...).
L'audit et la certification de comptes ne peuvent-ils pas devenir routiniers sur le long terme ?
Les entités contrôlées sont différentes et leurs directions sont amenées à changer, la profession évolue puisque les exigences légales ont modifié très sensiblement l'exercice de la profession depuis plusieurs années, autant de raisons qui empêchent de verser dans la routine.
De plus, les CAC sont pour la plupart des chefs d'entreprise puisqu'à la tête de cabinets et ils ont donc les mêmes devoirs et obligations que leurs clients, à savoir créer des richesses, du savoir faire, de la valeur ajoutée. Il n'y a pas de routine pour les professionnels passionnés par leur métier mais ceci n'est sans doute pas spécifique au métier de CAC.
Les lois votées ces dernières années (notamment la Loi de Sécurité Financière) et les nouvelles normes IFRS, ont-elles eues des impacts sur votre métier ?
Il est certain que depuis "l'affaire ENRON" aux Etats-Unis et Parmalat en Europe, le législateur a accentué l'obligation de transparence pour les dirigeants envers l'ensemble de la collectivité. Pour ce faire, les contraintes légales, réglementaires, pesant sur les CAC, à travers la LSF et les nouvelles normes ont renforcé nos prérogatives mais aussi nos responsabilités, y compris les risques inhérents à l'exercice de notre métier (le CAC peut être traduit au pénal avec des conséquences lourdes, y compris financières). Le corps professionnel dans son ensemble a fait des efforts de formation et d'adaptabilité fantastique pour passer ce cap depuis quelques années.
Vous êtes depuis un an maintenant Président de la CRCC, quel rôle a cette institution ?
A l'instar des autres professions libérales, les CAC sont rattachés à une compagnie régionale. La CRCC de Paris regroupe l'ensemble des CAC du ressort de la cour d'appel de Paris qui ont l'obligation d'être inscrits à la CRCC de Paris.
Le président conduit la politique régionale et assure la défense de ces membres. La CRCC de Paris et ses services internes gèrent entre autre : le suivi et la formation des stagiaires CAC, le contrôle qualité, les réponses techniques à nos membres, la formation des CAC, la discipline, etc.
Le sujet majeur et d'actualité est le rôle du CAC dans la PME. Des projets européens tendent à remettre en cause nos prérogatives dans ce secteur de l'économie et toutes nos actions actuelles sont orientées vers la défense et la promotion du CAC dans la PME.
Souhaitez-vous apporter d'autres précisions ?
Je souhaite insister sur la pratique réellement passionnante de cette profession ouvrant de larges débouchés professionnels et je suis à la disposition de tous ceux, étudiants, qui voudraient en savoir plus sur cette pratique et sur l'obtention du diplôme de CAC.
Je souligne aussi la qualité du site Internet de la CRCC de Paris pour les CAC ou ceux qui aspirent à le devenir (l'ensemble des informations sont libres d'accès).